Super-yachts, dégâts des eaux (We Demain, nov 2023)

Du confort, du luxe, et du clinquant. Bienvenus dans l’univers des super-yachts, ces bateaux géants ultra luxueux, sur lesquels des milliardaires se distraient à l’abri des regards en Méditerranée. Un marché qui explose, malgré son impact environnemental profond.

 

Ces dernières années, les ventes et locations de ces bateaux d’ultra-luxe ont battu tous les records. Et ce, malgré les crises économiques ou la pandémie de la Covid-19, qui ont même renforcé ce marché : « les grandes fortunes se sont enrichies pendant la pandémie, et ont eu encore plus envie de profiter de la vie. Mués en palaces flottants, les yachts ont bravé les confinements. 900 superyachts ont éte? vendus en 2021, contre 500 généralement en une année. Les producteurs sont overbookés», résume Sam Tucker, de la socété de veille commerciale VesselsValue. Avec une course au gigantisme et au luxe : il faut désormais dépasser les 100 mètres de longueur, soit l’équivalent d’un terrain de rugby, pour épater la foule.Alors qu’on comptait environ 1 000 superyachts (supérieurs à 30 mètres) en 1988, trente ans plus tard, en 2018, leur nombre a quintuplé : ils sont près de 5 000 à longer nos côtes, principalement méditerranéennes.

Problème: ces bateaux ont un impact environnemental énorme. Il y a d’abord la pollution engendrée par les bateaux eux-mêmes, de l’extraction de matériaux de construction pour leur construction, à l’émission de CO2, etc. Ensuite, la pollution occasionnée par le comportement des plaisanciers ou leur mode de consommation (électricité, croisière d’un weekend, arrivée en hélicoptères ou en jet, etc). Enfin, il y les dégâts occasionnés par les ancres de ces yachts sur la posidonie, herbe «poumon» de la Méditerranée. « On tire le fil ténu du superyachting et c’est toute la pelote du capitalisme fossile qui se dévide », conclut Gre?gory Salle, sociologue et auteur de « Superyachts : luxe, calme et écocide ».

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C’est cette face cachée que je tente de raconter à travers cette enquête photographique, l’explosion du nombre de superyachts et de ce que ce phénomène dit de notre société : le creusement extrême des inégalités, avec de plus en plus de très pauvres d’un côté et de plus en plus de super-riches de l’autre. Et les conséquences de ce mode de consommation sur le climat. Ainsi, les 1 % les plus riches – ceux-là mêmes qui sont à l’origine du boom des superyachts depuis 10 ans – émettent 70 fois plus de CO2 que les 50 % les plus pauvres, selon le Global Inequality Lab. Au sein même des milliardaires, les plus émetteurs de CO2 ne sont pas les plus riches, mais ceux qui possèdent un yacht.Ces dernières années cependant, et à mesure que l’opinion publique prenait conscience de l’importance de la lutte contre le réchauffement climatique et la perte de biodiversité, de nombreuses voix citoyennes s’élèvent pour metttre ce sujet hautement symbolique au coeur du débat public.

Cette enquête photographique a été réalisée avec le précieux soutien du Journalism Fund. Retrouvez le portfolio de Léonor Lumineau, fruit d’1,5 an d’enquête photographique, dans We Demain n°44. Un travail d’investigation mené grâce au soutien financier décisif du Journalism Fund.

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